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C'est parce que ça leur permet de mettre du beurre dans leurs épinards.

De nombreux fromages ont une origine monastique : le Roquefort, l’Époisses, l’Abondance, le Chaussée aux Moines (not), le Coulommiers, le Munster…

Des moines veggies

Tout a commencé avec Benoît de Nursie (aka Saint Benoît) qui a écrit vers 550 un ensemble de règles de bonne conduite pour les moines. Il a notamment introduit le première diète veggie de l’histoire : plus de bidoche pour les vrais gars. Coup de bol, il ne s’est prononcé sur les produits laitiers.


C’est à partir de ce moment là que les moines se sont motivés pour fabriquer du frometon, notamment pour assurer des apports protéiques et pas devenir des légumes

Tu travailleras de tes mains

Du fromage pour leur consommation perso donc, mais aussi pour en vendre car c’est pas la quête du dimanche ou le confessionnal qui vont couvrir toutes les charges monacales.

Les monastères (plus d’un millier en France au Moyen-Âge) disposaient de beaucoup d’atouts : des terres, de l’argent et surtout des moines : main d’œuvre gratos et qualifiée.

Gratos parce qu’en dehors de leur temps de prière, les moines étaient des gars plutôt disponibles et serviables, toujours prêts à rendre service : «tu mangeras du travail de tes mains » nous précise la Bible.
Qualifiés parce que les moines c’étaient les gars les plus intellos à l’époque (ils savaient lire et écrire), ils ont mis au point des techniques fromagères telles que le morgeage (lavage du fromage à l'eau salée ou à l'alcool), encore utilisées aujourd’hui.

Commercialement, on peut donc parler d’un succès : 100% de rentabilité, canaux de distribution optimaux avec des pèlerins affamés toute l’année, diversification avec production de vin, bière et autres pâtes de fruits.

Le christo-business

Le groupe Célia a créé en 1983 le fameux « Chaussée aux Moines ».
En 1995, grâce aux talents créatifs de l’agence CLM-BBDO, ils ont osé lancer cette pub mythique que je vous laisse découvrir.

La techno grégorienne a séduit le public, le fromage blasphématoire s’est accaparé 75% des parts de marché de fromage à pâte pressée non cuite.
Le français Lactalis s’est offert en 2006 le groupe mayennais et continue aujourdh’ui à commercialiser le Chaussée aux Moines, ce fameux fromage « moulé et pressé par nos maîtres fromagers dans sa toile depuis toujours à deux pas de l’ancien Monastère de Saint-Clément, il développe une fine croûte dorée lors de son affinage en cave. »

On l’aura tous compris, on est ici sur un pipeau s’apparentant à un cor des Alpes.

Le marketing ne fait pas le moine

Pour « faire face à la situation de concurrence déloyale provenant d'un usage abusif de terminologie ou de publicité d'apparence monastique », 200 communautés monastiques ont créé en 1989 une association et un label de qualité : MONASTIC. Aujourd’hui, on compte une douzaine de fromages « Monastic », produits en abbayes parmi lesquels le fromage de Cîteaux(21), le Tamié(73), le trappe de Timadeuc(56), le fromage du Monts des Cats (59), le Timanoix (56)…

Les moines sont productifs, on parle quand même d’une production de 150 tonnes de fromage pour l’abbaye de Tamié (=2 fois la production du Charolais), 85 tonnes pour l’abbaye de Cîteaux (=la production des Rigottes de Condrieu).

 

Pour ça, il faut du personnel spécialisé -10 salariés a Tamié ; des machines modernes-l’abbaye de Tamié a investi 255 000€ dans un méthaniseur qui transforme le petit-lait en biogaz qui chauffe l’eau pour toute l’abbaye.

Tu auras donc compris que les moines font du fromage parce que ça leur permet de mettre du beurre dans leurs épinards.


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